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Interview Jean-Luc Berger, Président du Comité des Experts Vinitech-Sifel


Le contexte économique actuel touche aussi la filière du vin. Quels sont d’après vous, les pays les mieux placés pour sortir renforcés de cette crise ?

Je pense qu’il y a plusieurs réponses possibles selon le segment du marché auquel on s’adresse. Pour simplifier on peut distinguer les vins basiques, les vins sous IG, Indication Géographique, et les DO, Dénominations d’Origine, ou AOP, Appellation d’Origine Protégée, dans le langage Européen. Les vins basiques sont soumis a une concurrence forte et qui va encore augmenter, ils doivent avoir un prix inférieur à 1€50 la bouteille au consommateur et ce sont les pays du nouveau monde comme le Chili, l’Australie, l’Afrique du Sud ou du « nouveau nouveau monde » avec la Chine, le Brésil et demain l’Inde qui ont le plus d’atouts dans ce créneau. Pour les vins sous IG, vendu entre 1€50 et 5€ la bouteille au consommateur, l’Europe a des aptitudes incontestables aussi bien en Italie, Espagne, Portugal , France  que dans les pays de l’Est comme la Bulgarie ou la Roumanie. Enfin dans la catégorie des DO ou AOP correspondant à des premiums, ultra premiums et icons et pour des bouteilles vendues à plus de 5€ au consommateur, on ne peut pas raisonner au niveau des pays mais avec une échelle plus fine, des conditions de production très encadrées par appellation, dénomination ou même marque et dans ce cas il s’agit par exemple de la Bourgogne, de la Rioja, du Trento ou de la Champagne.

L’innovation technologique : un des facteurs clés pour la qualité du vin et obtenir plus de rentabilité. Quels sont les domaines pour vous, qui amèneront les plus grandes évolutions à court terme ?

Les innovations technologiques à court terme concerneront principalement 5 secteurs :
- le matériel végétal avec le développement de variétés adaptées aux attentes des consommateurs comme par exemple pour produire des vins moins alcoolisés ou des jus de raisin plus désaltérants ou des hybrides interspécifiques pour améliorer la tolérance à certaines maladies fongiques.
- la viticulture de précision avec une large utilisation de l’informatique et de capteurs qui permettront par exemple de mieux localiser les produits phytosanitaires et ainsi de diminuer leur utilisation et les impacts sur l’environnement, une meilleur gestion des sols et des adventices, le développement de l’utilisation de la modélisation à partir de données météorologiques plus précises afin de mieux évaluer les risques sanitaires et leurs conséquences économiques. Enfin le développement de la visionique comme le tri optique de la vendange, embarqué sur la machine à vendanger ou au chai.
- le développement de l’utilisation de l’énergie électrique pour améliorer l’impact sur l’environnement et le confort et la sécurité de l’utilisateur, sous la forme d’outils portatifs rechargeables à l’énergie solaire comme le sécateur, la tronçonneuse ou la tondeuse électrique, les moteurs électriques en remplacement des moteurs hydrauliques pour les outils embarqués sur le tracteur (rogneuse, effeuilleuses…) et probablement plus tard des tracteurs hybrides ou tout électriques.
- le couplage de technologies et le développement des techniques membranaires comme par exemple la possibilité de réaliser en une seule opération et en continu la stabilisation protéique, microbiologique et la clarification d’une cuvée en associant la bentonite et la filtration tangentielle ou encore le couplage de deux techniques membranaires (osmose inverse, ultra filtration, nano filtration, électrodialyse…), pour désucrer un moût ou l’acidifier, réduire la teneur en alcool d’un vin ou le stabiliser vis-à-vis des précipitations tartriques.
- l’innovation dans le domaine du conditionnement et du packaging pour mieux répondre aux attentes du consommateur et des nouvelles occasions de consommation. Le conditionnement du vin en verre minérale ou organique plus léger non cassable, devrait se développer en restauration rapide ou sandwicherie. Les étiquettes apporteront des informations complémentaires sur les conditions de production, la conservation des bouteilles… 

Dans quelle mesure, pensez-vous que l’innovation technologique va influencer sur les vendanges et les élaborations dans les prochaines années ? Jusqu’où la filière peut-elle avancer technologiquement, dans un secteur centenaire comme celui du vin ?

Il n’y a pas de limite a priori dans le  domaine de l’innovation car la filière Vigne & Vin d’une part, bénéfice des progrès de l’informatique, des nanotechnologies, des nouvelles technologies de l’information… et d’autre part doit répondre aux enjeux du changement climatique, de la mondialisation, des attentes du consommateur…, ce qui crée un cercle vertueux innovant. L’antériorité de la culture de la vigne et de l’élaboration du vin ne sont pas incompatibles avec l’innovation. Il y a environ mille ans, les moines ont innové en créant des celliers par gravité et cette innovation est toujours d’actualité. Le seul bémol, de mon point de vue, c’est de transférer les innovations pour autant qu’elles apportent un avantage au vigneron ou au consommateur. Mais les innovations décernées par le jury des prix de Vinitech-Sifel, s’inscrivent dans cette logique. En cela les Trophées et Citations peuvent être utilisés dès la prochaine campagne.

Jean-Luc BERGER le 30 Septembre 2010 pour la revue LA SEMANA VITIVINICOLA

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